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Auteurs publiés en Décembre 2008

Publié par Nousvelles.com le 31 déc 2008 dans Recueils Nousvelles.com

Nous sommes heureux d’annoncer les nouvelles publiés en Décembre 2008 dans les recueils Nousvelles.com !



Revue Littératures :

  • Esmeralda One, par Joachim Sebastiano Valdez
  • Justice Populaire, par Johnny Vianney Bissakonou
  • Le Maître Nageur, par Florence-Isabelle
  • Nouveau Conte de Shabbat, par Daphna Bloch
  • Une emprise si ordinaire, par Catherine Robert



Evasion :

    • Le Portrait, par Lister Gore
    • Genetica, par Luc Comptone
    • Terrible Question, par Fuseonaute
    • Compagnons d’études, par Stéphanie Tromeur
    • Le Chef de Service, par Fergas



    Bravo à tous, et au mois prochain pour les nouvelles publications !

 
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Stanislas Lem : Le Futur est Polonais

Publié par Thomas Labat le 12 déc 2008 dans Chroniques Littéraires

C’est mon pote Greg, de la librairie Maupetit, qui va être content, lui qui ne jure que par Conrad, qui prétend même que la vodka polonaise est meilleure que la russe ! Le futur est polonais. N’y voyez aucune allusion à un quelconque homme politique, je vous en prie ! Il s’agit de ce qui nous occupe ici, les filles, de littérature et en particulier, de science-fiction.

 

            Toute la crème de la cosmographie était assise dans des fauteuils tapissés de velours… Je m’inclinai devant l’assistance et m’assis tout au fond. L’un des types installés à la table présidentielle, un individu de haute taille, aux tempes grisonnantes, sortit d’un tiroir une petite clochette en caoutchouc qu’il agita un moment sans bruit. Quelle diabolique prudence ! pensai-je.

 

            D’abord, précisons, par impartialité, que la SF m’ennuie presque toujours. Il est vrai que je n’aime que les marginaux du genre, K.Dick en tête (on reparlera de ce drôle de type). Mais je préfère passer le week-end avec votre soeur plutôt que de relire Isaac Asimov, c’est vous dire. Il me semble que tous les écrivains qui font de la science-fiction l’extrapolation sérieuse, documentée, d’un éventuel futur, sont aussi paumés sur une petite route de campagne que David Vincent.

Jules Vernes en serait l’exemple parfait s’il n’était sans cesse rattrapé par son goût involontaire pour le merveilleux…

La science-fiction parle du présent et pas du futur, je ne suis pas le premier à le dire.

Bon, ceci posé, qui est Stanislas Lem ?

            On ne sait pas trop. Il est polonais. Je ne sais pas s’il est mort. Il est né en 1921, ce qui ne nous rajeunit pas, surtout lui. Ce qui laisse penser, aussi, qu’il a pu connaître des temps difficiles. Je crois qu’il est médecin, comme Conan Doyle. Si j’étais sérieux, je vérifierais tout ça.

            Et ses parents, marchands de marchandises à Cracovie, lui ont dit : avec un nom pareil, fils, tu feras de la science-fiction.

            Ce qui est certain, c’est qu’on le connaît sutout pour Solaris, grâce ou à cause, comme d’habitude, de deux adaptations au cinéma ; le seul roman de lui qu’on trouve facilement chez les libraires ; un bouquin sérieux, un peu monotone. Alors qu’on n’a jamais adapté au cinéma les aventures d’Ijon Tichy !

Ijon Tichy ? LE héros de Lem, le Tintin de l’espace ; son nom signifie à peu près Ijon le Taiseux. Sa profession ? On n’en sait trop rien. Explorateur de mondes, ami de nombreux savants qui semblent tous sortir d’un casting spécial de névropathes. Lem s’amuse beaucoup des milieux scientifiques, qu’il connaît sans doute, et c’est déjà, dans le genre, un parti pris inhabituel au vu du respect naïf, religieux, qu’ont la plupart des auteurs de Science-Fiction pour le progrès et la technologie. Alors qu’une fois sur deux, mon PC ne s’allume pas correctement.

            Il s’amuse de la science, mais s’y appuie. Ce n’est pas un poète, rassurez-vous… Plutôt un concentré de Monty Python, délires médiévaux compris.

C’est-à-dire que l’absurde n’est jamais loin.

 

Chaque orateur disposait de quatre minutes pour exposer ses thèses, ce qui n’était déjà pas mal, si on considère que 198 exposés de 64 pays étaient annoncés. Afin d’accélérer le rythme des débats, chaque participant devait en prendre connaissance tout seul avant le début de la séance. Quant à l’orateur, il s’exprimait exclusivement en chiffres, désignant de la sorte les passages essentiels de son ouvrage (…) Stanley Hazelton de la délégation américaine choqua d’emblée la salle en répétant avec insistance : « 4, 6, 11, ce qui fait 22 ; 5, 9, donc 22 ; 3, 7, 2, 11, ce qui donne encore 22 ! » Quelqu’un se leva, criant qu’il y avait tout de même 5, éventuellement 6, 18 et 4. Hazelton repoussa cette objection en expliquant que de toute façon, c’était 22.

 

Imaginez cette scène jouée par John Cleese.

            Stanislas Lem est un forgeur de mots, et à ce sujet nous avons en France une chance (trop) rare : il a été excellement traduit par Dominique Sila, qui doit coucher avec lui, c’est pas possible autrement, pour connaître aussi bien sa langue… Je vous dis ça parce que je parle un peu polonais. Walesa, Solidarnosc, Jésus… Voyez. Avec ça et un bidon d’alcool de patates on tient une conversation de base à Varsovie.

Forgeron de mots. Des preuves ?

 

            Seul un robot primitif peut être un turbinot. En revanche, un secrétin (un robot cachottier) n’est jamais un crétin. Un éboueur électronique s’appelle un composteur ; un militaire de haut rang un générateur. Un ordinateur campagnard : un chiffrouc ou un calcul-terreux. Un corruptinateur c’est un ordinateur corruptible ; un antinateur (counterputer) est un solitaire, incapable de travailler avec les autres.(…) Un vieux robot jeté à la rue par son propriétaire est malheureusement un phénomène fréquent. On les appelle des moribots.

 

J’aimerais tout citer. Des perles comme ça, vous en pêcherez à la douzaine, déjà montées en collier, dans Le Congrès de Futurologie, un bouquin qui vous prouvera, en passant, que Matrix n’a rien inventé (et fut réalisé par les frères Wachowski ! Pigez la coupure ?).

Dans ledit bouquin, l’inquiétude perce, quand même. Peut-être que vous commencez à me connaître ; s’il n’y a pas d’angoisse, je m’endors.

Dans ce livre Lem décrit entre autres la psychimiocratie. Qu’est-ce que la psychimiocratie ? Un régime politique. Un monde parfait où l’on prend des pilules à la place des décisions, où des mascons sont diffusés en permanence dans l’air, pour lisser la réalité. Il y a des antidotes chimiques à cette réalyse :

 

            A peine avais-je inhalé une bouffée de cette vapeur âcre à l’odeur d’amandes que le professeur me la retira des mains (…) Je me frottai les paupières, et demeurai soudain le souffle coupé : la superbe salle recouverte de tapis, pleine de palmiers, avec ses murs de maïolique, ses tables élégantes et étincelantes, son orchestre de chambre tout au fond, tout avait disparu. Nous nous trouvions à l’intérieur d’un bunker en béton, devant une table de bois, nue ; nos pieds s’enfonçaient dans la paille d’une natte déjà en lambeaux. J’entendais encore la musique, mais je voyais à présent qu’elle était diffusée par un haut-parleur suspendu à un fil rouillé.(…) Ce que j’avais pris pour des palmes dans le bac tout proche, ce n’étaient en fait que des cordons. Ils appartenaient au caleçon d’un individu assis juste derrière nous en compagnie de trois autres, non point sur une petite estrade, mais plutôt sur une étagère tant elle était étroite et exiguë…

 

Ce qui s’appelle dorer la pilule.

            Le détail des palmes qui sont les ficelles d’un caleçon ! En 1971, Lem invente le morphing. Et, plus loin :

 

- Par pitié, professeur ! De quoi s’agit-il ? Une cabale ? Une supercherie ? Un plan destiné à perdre toute l’humanité ?

- Allons, Tichy ! C’est tout simplement un monde où vivent en gros plus de vingt milliards d’hommes. Où trouver dans ce monde du chablis, des perdreaux, des petits plats sauce béarnaise ?

 

Je serais curieux de savoir comment on dit « sauce béarnaise » en polonais.

 

Quatre ouvrages de Stanislas Lem pour le régal de vos papilles délicates : Le Bréviaire des Robots, le Congrès de Futurologie, Nouvelles Aventures d’Ijon Tichy et La Cybériade.

 

Ainsi vous saurez enfin comment les pommes de terre en viennent à se mouvoir, ce qu’est une sapette, comment échapper aux effets d’une Bembe (Bombe de Mutuelle Bienveillance) et pourquoi il faut involuer. Plus, deux ou trois réflexions que je crois inédites sur le temps, la place du « blafard » dans l’univers et la nature de l’intelligence.       Mais si vous préférez le rire à la réflexion, libre à vous. Stanislas Lem est d’accord.

 
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Stephen King, le Roi du Poulet

Publié par Thomas Labat le 6 déc 2008 dans Chroniques Littéraires

STEPHEN KING, LE ROI DU POULET

 

            Tout le monde connaît Stephen King. Cette phrase d’introduction m’a valu le Prix Pulitzer en 1976 (j’avais trois ans) et les journaux me l’ont beaucoup empruntée depuis. Tout le monde connaît Stephen King, enfin, surtout vous sans doute. C’est vrai, je ne sors pas beaucoup. Vous, les enfants, l’avez peut-être vu au marché des Capucins en train d’acheter une salade moisie -celles qu’il préfère- ou des cigarettes tombées du camion – non ? Un très grand type, grisonnant, blouson de base-ball, le même accent de patates chaudes que les Marines qui débarquent régulièrement sur le Vieux-Port, parfois barbu parfois non ? L’avez pas vu à Noailles ? Et pourquoi pas ? Quand on vend un quintillion d’exemplaires de Carrie, trois mégamacromillions de Shining (chiffres que j’ai vérifiés personnellement), quand on ne peut même plus faire une séance de dédicaces parce qu’elle se change en troisième guerre mondiale ou en apparition-surprise de Ben Laden pour un dîner à la Maison-Blanche… On peut bien prendre l’avion à Bangor, Maine, pour venir acheter des clopes dang la cité Phocéeneu. D’ailleurs, au moins, à Marseille, il pourra fumer dans les bars. Malgré l’interdit. C’est ça qui lui plaît bien chez nous, à King. Mais je crois qu’il a arrêté la clope, comme il a arrêté la coke, le sirop pour la toux… Beaucoup disent aussi qu’il a arrêté la littérature, depuis trente ans à peu près. Foutaises. Pour la littérature, hein, le reste, je ne sais pas, puisque que, comme je vous le disais, c’est vous qui le connaissez.

Ah mais non. Souviens-toi l’été dernier. Tout le monde le connaît. C’est-à-dire qu’il subit cette malédiction subtile des écrivassiers très très célèbres – on le connaît plus qu’on ne le lit. On le lit déjà pas mal, bien sûr. Mais si vous le connaissez, c’est parce que, peut-être, vous avez vu l’une des adaptations immanquablement fades qu’on tire de ses livres sur le grand ou le petit écran ; c’est parce qu’il figure dans le classement du magazine Pognon parmi les plus gros revenus de ces mille dernières années fiscales…

Titres à l’admiration.

Mais qu’est-ce qu’il écrit ? Pourquoi tant de succès ?

Qu’est-ce qu’il a de plus qu’ Amélie Nothomb ?

Un bon réseau de distribution ?

Si vous croyez qu’on en sait quelque chose !

Un énorme talent de conteur, c’est ce qu’on s’accorde à reconnaître – histoire, pour les universitaires, d’évacuer le sujet. Parce que ça ne suffit pas. Cela dit, c’est on ne peut plus exact – et le régal, ce sont les préfaces de King. Tous ses bouquins ont des préfaces, des postfaces, des appendices, des texticules où il se met en scène dans de petits sketches souvent drôles. Voilà un moyen malin de garder le contact avec ses lecteurs, faute de dédicaces.

Mais qu’est-ce donc qu’il écrit, de sa grande main velue ?

            Peu d’épouvante au fond. Des histoires qui finissent bien ( A quelques exceptions près, dont l’un de ses meilleurs livres à mon sens, Simetierre), assez peu dérangeantes, bien que censurées souvent et mises au ban des bibliothèques dans son pays de Mormons. Des histoires où n’apparaît parfois pas la queue d’une Créature, pas le moindre frémissement de Poltergeist (la plus chouette étant, de l’avis général, The Body). Alors, pour ça son succès ? Caresser la bête dans le sens du poil ?

Faire peur mais pas trop ?

Pas tout à fait.

            King a des défauts qui crèvent l’oeil : il est bavard, on a l’impression parfois qu’il ne se relit pas ou plutôt qu’on ne le corrige plus ; quand il se lance dans la fantasy pure, il est abominable (je vous déconseille sa saga The Dark Tower) ; ses personnages ressemblent trop souvent à des radios à force d’avoir des voix dans la tête ; il a tendance à farcir ses livres d’objets-monstres au point qu’on en arrive à un inventaire de grande surface: on cochera une voiture hantée, des camions, un évier (si!), une tondeuse, un ordinateur, des téléphones mobiles, divers jouets d’enfant, bientôt le boulon hanté, la note de service hantée… N’en jetez plus, la décharge est pleine.

            Il y a un mot-clef dans ce qui précède. Vous avez dix secondes.

Euh… hantée ? Non, Erwan. Essaie encore. Divers ? Rien à en tirer de ce petit. Finira aux Baumettes. Non. Allez. C’est enfant.

            Encore une fois, on laissera la psychanalyse aux gens sérieux. Arf, arf. Mais King relève lui-même que les écrivains d’imaginaire, même âgés, ont un regard d’enfant - et cite Ray Bradbury, Peter Straub, pourrait ajouter Tolkien ou Serge Scotto…

            Le fait est que je n’ai trouvé nulle part ailleurs une description aussi fidèle de l’état d’enfance. Ni petits anges, ni hommes en petit… King rend d’une façon incroyablement juste l’univers situé en-dessous de la ligne de vision des adultes - monde où, bien sûr, tout peut arriver.  

Ah, mais vous en voulez du Freud à moitié prix ? Vous insistez, pas vrai ? ça m’étonne pas de vous, tiens. Forcément du louche là-dedans. Alors ! Quel monstre ultime se cache derrière ses multiples masques dans ça (déjà, ce nom !), derrière le clown, le loup-garou, la momie, tout cet attirail – volontaire – de cirque et de culture pulp, celle des EC Comics que King dévorait quand il était gamin ? Bon, pour le savoir, il faut descendre dans les égouts, suivre les conduits puants et utérins jusqu’au ventre, où la chose se tapit. Beurk. Une araignée. Une de ces grosses, velue, avec beaucoup plus de huit pattes. L’araignée est un vagin, même un psychanalyste de six ans et demi vous le dira, avec une foi touchante.

            King n’a pas eu de père, encore de l’eau au moulin. Il met en scène beaucoup de femmes dures ou de mères abusives (Regina Cunningham dans Christine, Dolorès Claiborne, Margaret White dans Carrie, l’inoubliable frappadingue Annie Wilkes de Misery…)

Ouais. Mais King a été prof d’anglais (c’est-à-dire l’équivalent pour nous de prof de français, vous l’aviez compris) ; il connaît les règles et souffre sans doute de ne pas être reconnu comme un plumitif sérieux. D’où l’abondance un peu too much de ces métaphores pour divan si européennes

            Il a grandi dans les années soixante en Amérique, voilà tout. Années plaquées or, Coca-Colle et Hula-Hoop, le fantasme de Gainsbourg chez nous, Ford Mustang, crooners insouciants. Le nombre de chansons rock’n'roll de l’époque citées par King est astronomique. Pour les citer d’ailleurs, il en paye les droits très cher, ce qui n’est pas anodin. Il cite aussi Flaubert ! Tout s’en va, tout passe, l’eau coule, et le coeur oublie. Comme Ray Bradbury dans la Foire des Ténèbres, King retourne sans cesse, sous sa forme d’enfant, dans cette petite ville – le Village du Prisonnier - pour éternellement se convaincre que les sixties n’existent pas.

            Assez d’analyses fumeuses. Pour faire court et vous donner envie si je peux, King a surtout le génie des personnages, des dialogues, et du planter de décor. (En France, on a le planter de bâton).

Un exemple ? Les premières lignes de The Girl Who Loved Tom Gordon :

 

The world had teeth and it could bite you with them anytime it wanted. Trisha Mc Farland discovered this when she was nine years old. At ten o’clock on a morning in early June she was sitting in the back seat of her mother’s Dodge Caravan, wearing her blue Red Sox batting practice jersey (the one with 36 GORDON on the back) and playing with Mona, her doll. At ten thirty she was lost in the woods.

 

            Je vous goupille une mauvaise traduction :

            Le monde avait des dents et pouvait vous mordre quand il le voulait. Trisha McFarland découvrit ça à l’âge de neuf ans. A dix heures d’un matin de juin elle était assise sur le siège arrière de la Dodge Caravan maternelle, portant son maillot bleu des Red Sox (celui avec 36 GORDON écrit dans le dos) et jouant avec Mona, sa poupée. A dix heures et demie elle était perdue dans les bois.

 

            Il en faut du savoir-faire pour commencer un roman comme ça. Et ça sonne. Et regardez tout ce qu’on apprend en si peu de mots.

 

            Enfin, pour le plaisir, je citerai aussi, dans ça, ce passage où perce peut-être la réelle inquiétude, et ce pourquoi les histoires de King ne finissent pas si bien :

 

…Ils se rapprochaient de ce qui était pour eux le monde réel (quoi que ce fût, et bien qu’il crût n’être plus jamais à même de le considérer comme véritablement réel ; il ne pourrait plus le voir que comme un décor de théâtre soutenu par tout un entrecroisement de câbles et de montants… Des câbles comme les fils d’une toile d’araignée).

 

Ah ah ah.

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